3 févr. 2011
2 févr. 2011
Du sable et du plat
Une fois Tadmore dépassé, le désert est encore plus désert. Beaucoup moins de voitures sur les routes et moins de bédouins pour me fournir de l'eau.
L'eau, ça devient justement mon problème quand elle commence à tomber du ciel ! Le 4ème jour commence donc par un Ougo tout penaud dans sa tente, à attendre que ça s'arrête. Mais évidemment, je n'ai pas assez d'eau avec moi pour tenir toute la journée. Je me mets donc brillamment en quête de récolter l'eau de pluie avec mes diverses casseroles... ce qui au final me donnera suffisamment de répit pour attendre la fin des précipitations, qui malgré tout ne se précipitent pas pour s'arrêter.

La suite de la route est faite de fantastiques rencontres avec des bédouins qui me nourrissent et me montrent joyeusement leurs habitations. Je prends même quelques portraits des moins réticents.
Progressivement, le désert devient de plus en plus plat et de plus en plus touffu. Le dernier soir, je décide d'aller dormir entre les broussailles, non loin de patûrantes chèvres.

Après un ravissant coucher de soleil et un mauvais dîner... la nuit tombe et... un gros orage pointe le bout de ses éclairs ! Je sais que sous la tente, les bruits sont amplifiés et tout paraît plus impressionnant, mais là, c'est carrément le son et lumières. Ça pète de partout et j'ai l'impression d'être en plein jour avec le tonnerre, qui va jusqu'à couvrir le live de Johnny Halliday que je me suis mis pleine puissance dans les oreilles. A partir de là, je peux vous dire que ça gamberge et que je ne tarde pas à être terrifié. En fait, ma tente est le point culminant des alentours et les paratonnerres du coin sont aussi fréquents que les baobabs du désert. Idée lumineuse : je me précipite hors de la tente et je me mets à courir tout nu en agitant les bras... Haaa non ! ça c'était le plan B. Le plan A c'est de prendre ma bicyclette, de l'éloigner d'une vingtaine de mètres et d'espérer que c'est elle qui prendra... faible, mais c'est tout ce que j'ai. Je retourne attendre recroquevillé dans ma tente avec Johnny ! Finalement, la nuit se finit mieux et un bédouin vient même se foutre de ma gueule pour mon réveil au milieu de la plus grande flaque de boue sablonneuse de l'histoire... Je mettrai une heure et demie à m'en dépêtrer et débarbouiller ma fidèle monture (car je veux voyager loin !).
Les dernières 110 bornes sont une vraie plaie. Tout plat, pas beau, vent de face... mais la douche et les shawarmas qui m'attendent a Deır Ezzor m'insufflent les dernières forces dont mes cuisses ont besoin !

Bilan de cette traversée : un de mes meilleurs souvenirs de voyage, l'idée commence même à pointer en moi que ca serait pas mal de finir là-dessus..
Suite aux prochains épisodes !
L'eau, ça devient justement mon problème quand elle commence à tomber du ciel ! Le 4ème jour commence donc par un Ougo tout penaud dans sa tente, à attendre que ça s'arrête. Mais évidemment, je n'ai pas assez d'eau avec moi pour tenir toute la journée. Je me mets donc brillamment en quête de récolter l'eau de pluie avec mes diverses casseroles... ce qui au final me donnera suffisamment de répit pour attendre la fin des précipitations, qui malgré tout ne se précipitent pas pour s'arrêter.

La suite de la route est faite de fantastiques rencontres avec des bédouins qui me nourrissent et me montrent joyeusement leurs habitations. Je prends même quelques portraits des moins réticents.
Progressivement, le désert devient de plus en plus plat et de plus en plus touffu. Le dernier soir, je décide d'aller dormir entre les broussailles, non loin de patûrantes chèvres.

Après un ravissant coucher de soleil et un mauvais dîner... la nuit tombe et... un gros orage pointe le bout de ses éclairs ! Je sais que sous la tente, les bruits sont amplifiés et tout paraît plus impressionnant, mais là, c'est carrément le son et lumières. Ça pète de partout et j'ai l'impression d'être en plein jour avec le tonnerre, qui va jusqu'à couvrir le live de Johnny Halliday que je me suis mis pleine puissance dans les oreilles. A partir de là, je peux vous dire que ça gamberge et que je ne tarde pas à être terrifié. En fait, ma tente est le point culminant des alentours et les paratonnerres du coin sont aussi fréquents que les baobabs du désert. Idée lumineuse : je me précipite hors de la tente et je me mets à courir tout nu en agitant les bras... Haaa non ! ça c'était le plan B. Le plan A c'est de prendre ma bicyclette, de l'éloigner d'une vingtaine de mètres et d'espérer que c'est elle qui prendra... faible, mais c'est tout ce que j'ai. Je retourne attendre recroquevillé dans ma tente avec Johnny ! Finalement, la nuit se finit mieux et un bédouin vient même se foutre de ma gueule pour mon réveil au milieu de la plus grande flaque de boue sablonneuse de l'histoire... Je mettrai une heure et demie à m'en dépêtrer et débarbouiller ma fidèle monture (car je veux voyager loin !).
Les dernières 110 bornes sont une vraie plaie. Tout plat, pas beau, vent de face... mais la douche et les shawarmas qui m'attendent a Deır Ezzor m'insufflent les dernières forces dont mes cuisses ont besoin !

Bilan de cette traversée : un de mes meilleurs souvenirs de voyage, l'idée commence même à pointer en moi que ca serait pas mal de finir là-dessus..
Suite aux prochains épisodes !
31 janv. 2011
Lawrence d'Arabie, c'est un p'tit joueur
Au départ de Damas, je prends machinalement les bonnes petites ruelles qui me permettent de m'échapper du centre historique et retrouver une des grosses artères nord de la ville. Finalement, je commence vraiment à connaître le coin et c'est sans soucis que je me retrouve, après une bonne heure, sur la grande route d'Alep. Ca monte légèrement mais je transforme mon appréhension en gros coups de pédales et j'arrive vite vers Adhra, la bifurcation du désert. Désormais, deux directions sont indiquées, Bagdad et Tadmore (Palmyre). Le ciel gris et la zone industrielle ne me mettent pas en joie à tel point que je décide de ne pas prendre d'eau. Y'en aura bien sur le chemin, et j'ai pas envie de me trimbaler 10 kilo de flotte... un petit stop dans un bouiboui pour prendre du riz, des "Vache qui rit" et des barres de chocolat qui suffiront. La zone industrielle disparaît, le temps s'améliore et me voilà face à 200 bornes de désert avant Palmyre. C'est plutôt descendant et j'ai le vent dans le dos.

Ainsi, ce début de traversée qui n'est pas très joli, va de mieux en mieux. Puis surprise : mon compteur affiche 91 km quand je croise une collègue à pédale qui, elle, a le vent de face. Michelle est Australienne et elle est sur la route depuis 5 ans, toute seule, mais elle a un pingouin en peluche accroché à son guidon. On taille le bout de gras pendant 20 minutes avant de reprendre la chasse de nos horizons respectifs. Posage de tente dans le sable à 500 mètres de la route et c'est parti pour une longue nuit de 16h. Le lendemain, je ne tarde pas à arriver à la bifurcation entre Bagdad et Palmyre. Je prends évidemment vers le Nord mais m'arrête demander de l'eau à des bédouins qui m'invitent à prendre le petit déjeuner après que je les ai laissé faire joujou avec ma bicyclette. Ca fait du bien car ce que je cuisine seul sous ma tente n'est pas franchement du trois étoiles. Puis finalement, j'ai bien fait de pas prendre d'eau, y'a des bédouins partout. A partir de là, la route est franchement magnifique et je passe autant de temps à faire mumuse avec mon appareil photo et ma caméra qu'à avancer. Encore un peu plus loin, à un beau col entre deux massifs montagneux de type désert, je croise le Bagdad Café, stop pour camionneurs et touristes à mi-chemin entre Damas et Tadmore. Le patron qui parle très bien français décide que pour moi le repas sera gratuit et me montre des photos d'il y a deux ans, quand le désert fut recouvert de neige... impressionnant !
Une nouvelle nuit dans le désert sans embûches avec un réveil face à de splendides montagnes enflammées par les premiers rayons de soleil. Je pousse 50 km de plus pour arriver aux portes de Tadmore où, re-surprise, je croise Mike, un cyclotouriste british. Celui-ci est seul depuis 6 mois, et ça se voit. Il a l'air d'avoir un sacré grain (ou c'est tout simplement ses gènes Rosbif) et se lance dans un monologue de 20 minutes, entrecoupé d'hurlements et de grimaces. J'apprécie.
A ce moment-là je remarque que les deux compères que j'ai croisés ont décidé de ne pas entreprendre d'aller plus loin vers le nord-est après Palmyre pour cause de froid et de désert vraiment grand. Tant mieux, je serai tranquille. Puis, je retrouve le touriste-land de Palmyre avec ses Américains, ses commerçants qui t'appellent "my friend" dans la rue et ses Shawarma à 100 S£ (vous vous rendez compte !!!). Je check rapidement mes mails pour une somme exorbitante, remplis ma sacoche de bouffe et je reprends la route. Là commencent les choses sérieuses... mais au prochain épisode.


Ainsi, ce début de traversée qui n'est pas très joli, va de mieux en mieux. Puis surprise : mon compteur affiche 91 km quand je croise une collègue à pédale qui, elle, a le vent de face. Michelle est Australienne et elle est sur la route depuis 5 ans, toute seule, mais elle a un pingouin en peluche accroché à son guidon. On taille le bout de gras pendant 20 minutes avant de reprendre la chasse de nos horizons respectifs. Posage de tente dans le sable à 500 mètres de la route et c'est parti pour une longue nuit de 16h. Le lendemain, je ne tarde pas à arriver à la bifurcation entre Bagdad et Palmyre. Je prends évidemment vers le Nord mais m'arrête demander de l'eau à des bédouins qui m'invitent à prendre le petit déjeuner après que je les ai laissé faire joujou avec ma bicyclette. Ca fait du bien car ce que je cuisine seul sous ma tente n'est pas franchement du trois étoiles. Puis finalement, j'ai bien fait de pas prendre d'eau, y'a des bédouins partout. A partir de là, la route est franchement magnifique et je passe autant de temps à faire mumuse avec mon appareil photo et ma caméra qu'à avancer. Encore un peu plus loin, à un beau col entre deux massifs montagneux de type désert, je croise le Bagdad Café, stop pour camionneurs et touristes à mi-chemin entre Damas et Tadmore. Le patron qui parle très bien français décide que pour moi le repas sera gratuit et me montre des photos d'il y a deux ans, quand le désert fut recouvert de neige... impressionnant !
Une nouvelle nuit dans le désert sans embûches avec un réveil face à de splendides montagnes enflammées par les premiers rayons de soleil. Je pousse 50 km de plus pour arriver aux portes de Tadmore où, re-surprise, je croise Mike, un cyclotouriste british. Celui-ci est seul depuis 6 mois, et ça se voit. Il a l'air d'avoir un sacré grain (ou c'est tout simplement ses gènes Rosbif) et se lance dans un monologue de 20 minutes, entrecoupé d'hurlements et de grimaces. J'apprécie.A ce moment-là je remarque que les deux compères que j'ai croisés ont décidé de ne pas entreprendre d'aller plus loin vers le nord-est après Palmyre pour cause de froid et de désert vraiment grand. Tant mieux, je serai tranquille. Puis, je retrouve le touriste-land de Palmyre avec ses Américains, ses commerçants qui t'appellent "my friend" dans la rue et ses Shawarma à 100 S£ (vous vous rendez compte !!!). Je check rapidement mes mails pour une somme exorbitante, remplis ma sacoche de bouffe et je reprends la route. Là commencent les choses sérieuses... mais au prochain épisode.

27 janv. 2011
25 janv. 2011
Les aventuriers du visa Perse
Bon, j'ai une piaule pas trop mal tout près de la grande mosquée de Damas, mon vélo est en parfait état, j'ai fait des provisions de Nescafé 3-en-1, trouvé une bonne carte de Syrie entièrement en Arabe... il ne me manque plus que le visa Iranien pour reprendre la route du désert (enfin en vrai c'est un semi-désert mais juste "désert" ça fait un peu genre Lawrence d’Arabie à la recherche des oasis de Wadi Rum).

Bref, j'avais donc présenté mon dossier il y a un mois sur le site Iranianvisas en remplissant plein d'infos en tout genre et surtout en prévoyant un parcours avec nom des villes, emploi du temps et réservation d’hôtels... ce qui est amplement facilité par l'utilisation d'un Lonely Planet (pour une fois que ça sert à quelquechose). Après un virement compliqué et assez cher mon dossier était enfin sur la file d'attente à Téhéran pour une éventuelle autorisation. 20 jours plus tard, celle-ci m'est accordée et il ne me reste plus qu'à me rendre à l'ambassade d'Iran à Damas pour finaliser le fameux autocollant Perse. Le premier jour, je remplis de nouveau papiers et surtout je me fait tirer le portrait, barbe comprise, pour leur dossier. Tout ceci me prend une bonne matinée complète entre les attentes et les pauses falafels. Puis, on nous annonce un RDV demain pour récupérer les visas... Inch'allah. Je me repointe donc le lendemain avec les Suisses et après une longue attente... la sanction tombe : Les Suisses peuvent prendre le leur... tandis que moi, je devrai revenir le lendemain matin pour, encore une fois "Inch'allah", enfin l'avoir. Je suis un peu frustré de ce contre-temps inexpliqué mais qu'à cela ne tienne, il ne faut pas se décourager... comme le disait mon prof de math en prépa, avec les résultats qu'on sait... Mine de rien, cette ambassade est complètement à l'autre bout de la ville et mon troisième aller-retour me gonfle bien. Cette fois-ci, à 8h30 du matin, il n'y a pas trop de monde et je suis gracieusement invité à un petit interrogatoire au sujet d'éventuelles appartenances à des organisations droit de l'hommistes ou encore de mes idées politiques en passant par le pays qu'on ne peut nommer mais dont le drapeau ressemble à celui de l'Argentine et qui réclame la souveraineté sur l'invention des falafels ou même sur certains territoires. Après cette sympathique entrevue, je suis invité dans la cuisine de l'ambassade pour une séance de trempage phallangiforme dans l'encre où je laisse la trace de chacun de mes 10 doigts sous différents angles.

Quelques instants plus tard, me voilà l'heureux propriétaire d'un visa d'entrée chez les Perses.
En fait, j'ai assez apprécié être à Damas dans un but non touristique. Arpenter les rues de la vieille ville en sachant où je suis et où je vais, sans sac à dos ni appareil photo et la musique dans les oreilles me donne ce sentiment agréable de vivre Damas et de me l’approprier. Malgré les petites angoisses et incertitudes de reprendre la route tout seul, je me sens prêt pour les 800 km de désert vers la Turquie.
16 janv. 2011
Le silence du désert
Le monastère de Deir Mar Musa est une sorte de petite forteresse autour d'une chapelle, perchée sur un piton rocheux dont les alentours ont progressivement été aménagés en suivant l'évolution des besoins de la communauté. Cette chapelle, presque aussi vieille que la chrétienté, fut redécouverte par le père Paolo dans les années 80 au milieu du semi-désert syrien, à une centaine de bornes au Nord-Est de Damas. Depuis les années 90, ce charismatique italien de 56 ans a entrepris de progressivement rebâtir une société monastique dans ce lieu emblématique, avec pour esprit de fond de créer une passerelle entre les Chrétiens et le monde arabo-musulman du Moyen-Orient.

Ainsi, les dernières années ont vu s'élever de nouveaux bâtiments sur les rochers voisins, en plus de la restauration du monastère central, qui servent tous à l’accueil, en dortoir ou en petites chambres incrustées dans la roche, des visiteurs. Car une des ambitions de la communauté est d’accueillir et de nourrir dans une sympathique bonne humeur tous les visiteurs, quelles que soient leurs vues religieuses. Bien sûr, libre à chacun de rester le temps qu'il veut et de participer au bon fonctionnement de la vie ensemble.
Je suis donc arrivé là avec l'idée en tête que cela serait un bon endroit pour attendre mon visa iranien. Mais en fait je me suis rapidement laissé envoûté par la magie du lieu et les personnalités incroyables que l'on y rencontre.
Chacun construit son petit quotidien à base de tâches variées. Le rythme est donné par les trois repas, la méditation du matin et celle du soir suivie de la messe. Evidemment, après un premier essai, je n'ai plus que suivi les repas et passais les moments "religieux" au chaud dans la bibliothèque.
Mon coup de coeur de ces 10 petits jours va certainement à Edward et Anya. Ce couple Russo-écossais voyage lui aussi à vélo et m'a tout de suite beaucoup plu. En plus de partager avec eux une certaine philosophie de vie et de voyage, j'ai énormément apprécié tout les moments que nous avons passés ensemble à médire des religions, rire aux éclats, comploter des coups d'état marxistes au sein du monastère et partager les denrées rares que nous réussissions à nous procurer tel le chocolat, le café ou le thon. Après 1 mois passé à Mar Musa, ils comptent eux aussi reprendre la route vers le Nord et j’espère vivement les recroiser un jour.

Le grand enseignement que je retire de cette expérience fut tout d'abord une amélioration de mon respect pour les religions. La vie et le message des prêtres qui vivent ici me paraît tout à fait sain, œcuménique et tolérant. Sans discuter des détails de leur foi, j'ai néanmoins été ému par leurs personnalités et leur mode de vie. Sur un plan qui m'est plus proche, je reconnais à nouveau mon goût pour la vie en communauté et je me suis alimenté de cette nouvelle preuve que, même sans autorité ni lois, les gens sont capables de vivre ensemble, s'organiser et s'entraider sans attendre en retour. C'est tout de même une sorte de repos d'oublier la notion d'argent et de temps pendant un moment et cela me laisse aussi réfléchir à la suite de mon voyage... toujours aussi incertaine.

Enfin, je prends la route de Damas à la recherche de mon passeport iranien et j'en profite même pour m'arrêter sur le chemin chez Bashar, un Syrien qui nous avait hébergés à l'aller chez lui à Alqtafieh et que nous avions énormément apprécié. Après une rentrée dans la grosse ville toujours aussi pénible et quelques heures à sillonner la vieille ville, nous trouvons un hébergement dans une collocation avec deux étudiants français assez déjantés à deux pas de la grande mosquée des Omeyyades. C'est parti pour quelques jours dans ma ville préférée du Moyen-Orient... que je commence à connaître comme ma poche !
14 janv. 2011
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